10h02 CET
21/03/2025
Thomas Tuchel navigue entre critiques extérieures et scepticisme avant son premier match, vendredi (20h45) contre l'Albanie, mais le sélectionneur allemand de l'Angleterre a déjà séduit en interne par son calme et son "aura", deux piliers censés cimenter la route vers le Mondial-2026.
Au royaume du football, la nomination d'un entraîneur étranger a suscité en octobre un torrent de commentaires vifs voire hostiles. L'imminence du premier galop d'essai à Wembley, en ouverture des qualifications, a relancé les discussions animées.
Son choix inattendu de rappeler Jordan Henderson (34 ans), milieu de l'Ajax plus vu en sélection depuis novembre 2023, a notamment fait couler beaucoup d'encre. Comme celui de convoquer Kyle Walker ou Marcus Rashford aux dépens d'éléments plus prometteurs.
"Quel message cela envoie à Callum Hudson-Odoi qui a été constant toute la saison? Rashford a bien joué ces dernières semaines, mais je pense que cela envoie un message terrible", a dégainé l'ancien attaquant anglais Chris Sutton sur la BBC.
Quant à Henderson, il ne devrait même "pas y avoir de place pour lui sur le banc étant donné les autres joueurs de qualité que l'Angleterre a à sa disposition", a tranché Henry Winter, une des plumes sportives les plus connues du pays, dans l'émission The Football News Show.
Tuchel a lui défendu sa première liste avec brio, la semaine dernière face à une nuée de caméras, alternant entre bons mots, sourires et longues tirades argumentées.
"J'aurais été surpris qu'il n'y ait pas de +surprise+ dans le débat, je pense que cela fait partie du métier", a-t-il tempéré. "Ce n'est pas facile, mais j'essaie de me tenir à l'écart des avis et jugements prononcés sur moi-même, sur l'équipe et sur le travail que nous faisons".
- "Clair et transparent" -
L'Allemand de 51 ans ne se fait pas d'illusions quant à son objectif avec l'Angleterre, après avoir signé un contrat allant jusqu'à la fin de la Coupe du monde 2026.
Le vent des critiques ne s'essoufflera que s'il parvient à offrir à son pays d'accueil le trophée qu'il attend désespéramment depuis le Mondial-1966.
"Gagne la Coupe du monde ou tu es un échec, Tom!", a résumé le journal Daily Miror, retournant les déclarations de Harry Redknapp reproduites dans son édition de jeudi: "il doit gagner quelque chose, de fait, pour réussir", a dit l'ancien entraîneur de West Ham et Tottenham.
Redknapp, aujourd'hui âgé de 78 ans, fait partie de ceux qui ont accueilli à grands cris la nomination d'un étranger sur le banc anglais. Et il ne prendra pas la peine de regarder l'équipe nationale, vendredi contre l'Albanie, puis trois jours plus tard contre la Lettonie.
"Il (Tuchel) a choisi un groupe pour jouer contre deux équipes inutiles. Je vais regarder Coronation Street (un feuilleton télévisé, ndlr) quand ça passera", a-t-il affirmé. "Qu'est-ce qu'on gagne à nous voir battre la Lettonie 5-0 ou 6-0? Qu'apprend-on sur les joueurs? C'est difficile, jusqu'à ce que nous entrions dans une compétition".
Le sélectionneur attend lui de voir l'équipe évoluer avec "un style direct et offensif", à la manière d'une équipe de Premier League, ce qui a pu manquer ces derniers mois, selon lui.
Ses intentions ont déjà irrigué positivement le groupe de joueurs, séduits semble-t-il par l'ancien entraîneur du Bayer Munich, du Paris Saint-Germain et de Chelsea, avec qui il a remporté la Ligue des champions en 2021.
"Il a été très clair et transparent sur ce qu'il veut faire, comment il veut le faire, comment il veut s'y prendre, ce qu'il voit en nous et ce que nous devons améliorer", a rapporté Morgan Rogers, l'attaquant d'Aston Villa. "L'aura qu'il dégage, je n'ai jamais connue auparavant"
"Vous pouvez voir sa façon d'être, sa façon d'agir. Il est très calme. Mais quand c'est le moment de travailler, c'est le moment de travailler", a insisté le joueur de 22 ans.